Mutation

Force est d'admettre que de nos jours, au Québec comme ailleurs dans le monde, le paysage radiophonique traverse une période de mutation fondamentale. Désormais, deux univers se côtoient pour obtenir l'attention du consommateur : l'un est réglementé, soit celui de la radio hertzienne, comme Énergie ou Rythme FM; l'autre l'est peu (radio par satellite) ou pas du tout; c'est le cas par exemple du iPod, de la radio par Internet ou des contenus audio téléchargeables sur téléphone cellulaire. Devant ce nouvel environnement, le consommateur peut à loisir composer sa propre sélection musicale aussi bien que syntoniser sa radio préférée.

Cette réalité est incontournable et tous les acteurs du système doivent chercher à mieux la comprendre en se tournant vers l'avenir plutôt que de se replier sur des mesures qui sont nettement dépassées.

Premièrement, il faut reconnaître que le réflexe de l'auditeur est bien souvent de rechercher ce qui lui est familier. Puisque la radio privée ne se finance que par le biais de la publicité, déterminée par la mesure de l'auditoire, elle est donc sensible au comportement d'écoute.


La radio privée prend donc un risque commercial lorsqu'elle diffuse une chanson d'un artiste peu ou pas connu du public. C'est pourquoi, afin de rendre aux stations francophones la capacité de se démarquer par la musique, il nous apparaît pertinent et conséquent de proposer un système de primes à la promotion des artistes de la relève francophone, ce qui aura pour effet d'accroître la diversité musicale en ondes.

Deuxièmement, bien que la musique occupe une place importante à l'antenne, l'avenir de la radio francophone est tributaire de sa capacité à développer des contenus qui lui sont exclusifs, d'où la nécessité d'assurer le développement de la relève radiophonique québécoise. En effet, c'est au moyen des émissions à prédominance verbale plutôt que par la musique que les stations francophones se distinguent les unes des autres, notamment aux heures de grande écoute. La radio privée francophone y consacre donc des sommes importantes. Cet avantage distinctif doit être soutenu à sa juste valeur puisqu'il s'agit d'un aspect propre à la radio francophone qui lui permettra de continuer à se démarquer dans l'environnement concurrentiel d'aujourd'hui et de demain.

Le consommateur est désormais seul maître de sa programmation musicale. Ses goûts se renouvellent constamment et ses habitudes d'écoute évoluent au gré des innovations technologiques. Les radios commerciales privées l'ont compris et en parlent. Le cadre réglementaire doit donc tenir compte de cette nouvelle réalité. Voilà le défi de l'avenir.

Source : Le Devoir